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Younes Rezzouki : "la solidarité qu’il y a entre les gens"

Publié le 18 mars 2014 -

Aujourd’hui chargé de médiation et de relation avec le public à l’Institut des Cultures d’Islam, Younes Rezzouki a grandi et vécu longtemps dans le quartier. Alors forcément, il a beaucoup à dire sur la Goutte d’Or.

Dialogue

« Le fait que ce lieu existe dans ce quartier, que je travaille dans ce quartier, c’est intéressant parce qu’on a forcément des choses à dire sur plein de choses. Que ce soit l’immigration, que ce soit la mixité sociale, le tissu associatif qui est très dense... il y a énormément de choses à dire sur ce quartier. D’ailleurs je reçois des universités américaines, la semaine dernière c’était une université du Japon.

J’ai eu des gens du jura qui sont venus en groupe spécialement pour visiter l’institut. Ils sont restés six bonnes heures, ils ont déjeuné ici, acheté le bouquin Islam Mania... c’était assez chouette comme discussion. Eux ils me disaient qu’ils n’avaient pas d’immigration dans leur ville. Ils trouvaient intéressant de voir tous ces gens qui cohabitent dans un esprit d’ouverture.

De fait il y a plus de soixante nationalités dans le quartier je crois. C’est forcément enrichissant quand on grandit avec des gens asiatiques, africains etc., que les cultures dialoguent par la nourriture, par les petits mots, par les attentions... Ça m’intéresserait beaucoup moins si chaque culture s’enfermait dans quelque chose. C’est pas le fait de les voir en vitrine qui m’intéresse. C’est le fait de pouvoir avoir une interaction avec elles. Comme je l’ai dit par les mots, par la nourriture... beaucoup par la nourriture bizarrement (rires) ! »

Solidarité

« J’ai pas quitté le 18ème en vingt ans. Déjà j’y ai mes habitudes avec les cafés, les restos, mes amis sont ici... Ça veut pas dire que je sors pas du 18ème (rires) ! Mais j’y fais des passages obligatoires. J’y habite plus depuis deux ans, du coup j’y travaille, donc je le quitte toujours pas.

Ce qui me plaît ici ? Il y a un peu de tout. Il y a bien sûr les souvenirs qu’on a ici, mais au-delà de ça c’est surtout la solidarité qu’il y a entre les gens et les liens que j’ai tissés avec les gens. Je suis arrivé dans ce quartier, j’ai découvert plein de choses. La solidarité, pour moi, elle a commencé très, très tôt. C’était une solidarité de lutte aussi. J’étais à l’école Doudeauville en primaire, en CE2 il me semble, et on allait être plus de trente par classe. Je me rappelle des parents d’élèves qui avaient dormi dans l’école, qui avaient fait une grande manifestation et qui avaient obtenu l’ouverture d’une autre école dans le quartier. C’est des événements qu’on a tendance un peu à oublier, mais pour moi ça a été assez révélateur. Je me suis dit : "ah on peut obtenir des choses..." Tu sais quand t’es gamin en CE2 tu sais pas vraiment ce que c’est que le rapport de force, tu sais pas trop ce que c’est que... "pourquoi ces parents dorment à l’école ? C’est quoi la grève ?" et très vite j’ai été mis dans ce bain là. Ça a été le point de départ d’une conscience. D’une conscience sociale, et de ce qu’est la solidarité, comment ces gens peuvent se réunir, se relayer pour dormir à l’école, faire des tracts, des papiers... Je me rappelle que nous-mêmes on avait écrit un article dans le journal de l’école. Le titre c’était « Victoire ! On a gagné ! » J’avais écrit deux trois lignes, avec plein de fautes d’orthographes bien sûr, mais c’était chouette (rires) ! »

« Ca passe aussi par d’autres luttes. Un immeuble qui se vide, ça marche comment ? Il suffit qu’on donne à une grande partie, puis ceux qui restent sont minoritaires et on peut les chasser un peu comme on veut. La solidarité passe aussi par l’organisation. Dire, par exemple, que dans l’immeuble on ne part pas jusqu’à ce que le dernier soit relogé. Là, le rapport de force est différent. Si à la fin il ne reste que trois ou quatre personnes on va proposer un relogement à... Melun. Et ils n’ont pas le choix, c’est ça ou la rue, ou les hôtels. Ce qu’ils ont obtenu à l’époque, avec la solidarité dans l’immeuble, l’organisation, c’est d’obtenir une solution de relogement équitable entre le premier relogé et le dernier relogé. »

Pas d’âge d’or de la Goutte d’Or

« Je crois que le quartier change, la solidarité varie... Je n’idéalise pas mes souvenirs et je n’idéalise pas le fait que le quartier était bien avant. J’ai dit ce qui était bien, j’ai dit aussi qu’il y avait des difficultés. C’était quand même un quartier insalubre. Et aujourd’hui c’est moins le cas. C’est quand même un quartier qui est marqué par la rénovation. Partout où on va il y a des barrières de chantier, des immeubles en construction, des immeubles d’ailleurs de bonne qualité. C’est plus les cages à lapins qu’ont connu certains. »

« Je pense qu’il y a des gens qui sont très fiers d’habiter ici, ils sont même heureux de cette mixité, ils aiment leur quartier. Et tant qu’il y aura ça je serai plutôt satisfait. C’est le jour où il n’y aura pas cet amour du quartier que ça posera vraiment un problème. Quand on se baladera ici et qu’on se dira « oh c’est sale, il y a trop de bruit, j’aime pas, les gens sont pas aimables, on parle pas à son voisin... » C’est dans ce cas-là que je m’inquiéterais un petit peu. Où je me dirai que le quartier n’est plus fait pour moi. Par ailleurs la Goutte d’Or n’est pas spécialement unique, c’est un quartier un peu vivant comme Ménilmontant, Belleville, sûrement d’autres banlieues... il y en a plein, ça fait partie d’un esprit village, un esprit qu’on retrouve partout ailleurs. La Goutte d’Or c’est spécial parce qu’il y a ces cultures différentes et parce que ça devient un quartier où il y a beaucoup de monde. C’est là que ça devient compliqué. Créer une solidarité dans un petit groupe c’est pas compliqué. La créer sur un quartier grand et dense comme la Goutte d’Or, c’est différent. »

Point d’arrivée, point de passage

« Oui, les migrations se succèdent et ne sont pas les mêmes. Après l’immigration algérienne c’est l’africaine, après l’africaine c’est l’asiatique et puis on verra ce que ça donne après. C’est un quartier qui est tout le temps en mouvement. Peut-être qu’il y aura des moments où il sera moins intéressant, ou des moments où il sera encore plus intéressant qu’il l’était il y a vingt ans comme certains l’idéalisent. Moi je ne l’idéalise pas spécialement, je constate des choses et des rapports humains qui m’intéressent. »

« Un immigré qui vient d’arriver, il va chercher plutôt à un endroit où il va trouver de l’aide, de l’information, du logement, du travail etc. Il va essayer de trouver des gens de sa communauté, si il a du mal à parler le Français il va chercher des gens qui le comprennent... Et c’est naturellement qu’il va être orienté vers des quartiers populaires comme la Goutte d’Or. Généralement le regroupement, il faut le dire, il se fait par quartier, par communauté... et on sait que les quartiers populaires offrent ça. Ça permet d’accueillir un nouvel arrivant qui peut, après, partir dans un autre quartier. Mais c’est un point d’arrivée la Goutte d’Or. Barbès aussi. J’ai du mal à segmenter. Pour moi c’est un gros bloc qui va de Barbès, Marx-Dormoy jusqu’à Ordener. Des fois même un peu plus loin. J’ai du mal avec ce découpage administratif. »

« C’est aussi un quartier de passage. Les immigrés de 1ère génération n’aspirent pas aux mêmes choses que leurs enfants. Les gens qui ont grandi ici, il y en a plein qui habitent ailleurs. Ils vont ailleurs parce qu’ils se sentent mieux ailleurs. Je pense que les primo-arrivants viennent ici pour les raisons que j’ai évoquées, la recherche d’aide, de solidarité... du coup leurs enfants sont généralement d’une classe supérieure, ils ont mieux réussi que leurs parents. Du coup ils ont les moyens d’aller ailleurs, par leur métier ils sont amenés à voyager etc. »

Le tissu associatif

« Il est énorme oui. Il y a une demande. Les associations répondent aux besoins des habitants. Tant dans le domaine social que culturel. Socialement, il y a beaucoup de structures qui offrent des cours d’alphabétisation, et elles sont pleines. Les structures d’insertion, les structures culturelles il y en a plein par tranche d’âge, par population. C’est des structures dont le quartier a besoin. J’espère qu’elles continueront à travailler dans de bonnes conditions. »

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