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La Goutte Verte demande à Mmes Hidalgo et Royal de sauver le jardin partagé

Publié le 17 novembre 2015

Les membres de l’association de la Goutte Verte ont publié un appel pour interpeller la Maire de Paris, Mme Anne Hidalgo, et la ministre de l’Écologie, Mme Ségolène Royale. Ils demandent à ce que le jardin partagé, un des "poumons verts du quartier", soit préservé alors qu’il est menacé par une opération immobilière. Un rassemblement sera organisé les 4, 5 et 6 décembre, en marge de la COP 21 pour faire bloc face à cette décision.

Vous pouvez signer la pétition en cliquant ici.

Mme Anne Hidalgo, Mme Ségolène Royal : Sauvez le jardin partagé la Goutte Verte

Depuis 2011, au croisement des rues Stephenson et Cavé, en plein cœur du quartier populaire de la Goutte d’or, dans le 18ème arrondissement de Paris, nous faisons pousser des légumes, des fruits, des arbres, des idées aussi.

Nous, l’association La goutte verte, sommes une quarantaine de jardiniers, auxquels se rajoutent nos proches, nos amis, nos familles, nos voisins… En quatre ans d’existence, nous avons autogéré cette friche et bâti ici un véritable écosystème,
pérenne, vivace, vivant. Il permet à de très nombreuses personnes de venir respirer quotidiennement dans ce quartier, qui est aussi l’un des plus pauvres, l’un des plus bétonnés et l’un des plus denses de la capitale.

Nous n’avons cessé d’œuvrer à l’utilité collective de cette friche. Nous y avons enraciné des figuiers, un cerisier, un prunier, des passiflores, des pans de lierre, des dizaines de plans de tomates, de carottes, de choux, de radis, etc. Ici se
posent des dizaines d’espèces d’oiseaux, des merles, des pies, des mésanges. Des tourterelles y font leur nid dans le houblon, et les papillons (blancs, Napoléon, Sphinx…) y déploient leurs ailes - signe, s’il en est, de la vitalité de ce petit écosystème. Nous avons fabriqué notre compost, et grâce à l’eau que nous fournissent régulièrement les équipes de nettoyage de la mairie, nous avons pu faire se développer un incroyable vivier de végétaux. Autant d’air en plus, pour tout le monde. Et autant de pollution visuelle en moins.

Mais il ne s’agit pas uniquement de légumes, d’écosystème et de cycles de déchets maitrisés. Le Jardin de La goutte verte a une véritable utilité sociale par ailleurs. À titre d’exemple, pas moins de 10 classes primaires d’écoles du 18ème arrondissement sont venues effectuer des ateliers de jardinage, de musique, d’initiation à la biodiversité derrière les grilles de notre jardin. Ici se sont soutenus les voisins traumatisés au lendemain de l’incendie de l’immeuble de la rue Myrha à l’été 2015. Ici des locataires rescapés sont venus raconter, décompresser, respirer.

Entre ces grilles, désormais occupées à 20% par d’énormes containers de chantier, nous avons organisé plusieurs travaux, construit un abri, solidifié les installations, édifié une bibliothèque de récupération, réalisé un compost de fruits et de légumes, bâti des toilettes sèches, une table pour boire le café, un petit abri pour les enfants du quartier. Qui viennent ici courir à l’abri des voitures, jouer dehors : un luxe quand on n’est né ni dans les quartiers cossus ni dans les ghettos isolés.

La préservation de ce lieu, qui a un intérêt concret pour des centaines d’habitants de ce quartier, résonne avec ce que la mairie PS-EELV de Paris et ce que la COP21 affichent : le besoin de poumons verts à l’intérieur des villes, la nécessité de faire reculer la voiture, et l’importance des lieux où se pratiquent la mixité et le lien social, notamment dans des quartiers appelés « difficiles ». C’est exactement ce que nous faisons ici.

Or, à la place de notre jardin de 300 mètres carrés, la société immobilière Foncière Logement souhaite mener à bien une énième opération immobilière. On évoque ici des appartements pour les chanceux salariés du 1% patronal logement. Et même une crèche. Exactement le même appât que celui utilisé pour les locataires du Bois Dormoy - cette incroyable petite forêt vierge, en contrebas de la rue Marx
Dormoy, qui permet de s’isoler d’une des rues les plus polluées de Paris et dont les membres sont également menacés d’expulsion pour construire… un Ehpad
et une crèche. Non pas que nous ne soyons pas favorables à la construction de davantage de crèches ou de maisons de retraite - car il y a un besoin réel -,mais l’annonce d’une crèche en bas du bâtiment ne sert qu’à rendre l’opération immobilière plus enviable. Nous pensons que ces bâtiments peuvent s’installer ailleurs et que nos espaces partagés collectivement valent tout autant sinon plus que ces opérations immobilières. Nous nous sommes procurés les plans du bâtiment qui doit engloutir notre jardin collectif. Et ils nous ont horrifiés.

Nous tenons à faire savoir que le collectif de sauvegarde du Jardin partagé ne souhaite pas partir. Nous nous opposerons par tous les moyens à la récupération de notre jardin par quelconque promoteur, car nous ne voulons pas, en lieu et
place de notre poumon, d’une énième opération immobilière - fût-elle accommodée d’un « toit végétal », avec trois ou quatre pots de fleurs comme toute peau de chagrin. Contre les particules fines, contre la bétonnisation, pour la possibilité pour les habitants du quartier de venir respirer ici, de venir cultiver aussi (des légumes, des rencontres, ce que vous appelez le « lien social », la « mixité sociale »), nous tenons à réaffirmer que nous voulons rester ici. Si les autorités ne sont pas disposées à mettre à la disposition du collectif un terrain équivalent (avec les mêmes conditions de luminosité, notamment, puisque c’est la clé de voûte des cultures), il n’est pas envisageable que nous quittions les lieux le 15 décembre 2015 (comme la Semavip nous l’a demandé par courrier).

Nous vous invitons à nous contacter et a venir nous voir dès à présent et appelons au rassemblement de toutes les bonnes volontés, les 4, 5 et 6 décembre prochains, en marge de la COP 21, à venir à venir participer à une série d’événements (plus d’infos bientôt) et à semer des graines de légumes d’hiver dans le Jardin de La goutte verte, mais aussi à venir manifester notre volonté de lutter pour l’extension des espaces verts autogérés, inutiles au capital mais parfaitement indispensables aux habitants.

Paris nous a déjà été volé mille fois, nous ne vivons qu’à ses faubourgs, desquels on nous demande de nous pousser encore un peu plus, pour que grandisse cette ville devenue inhumaine - car construite contre ses habitants et non avec eux. Nous voulons continuer à vivre les pieds dans la terre car même ici, à Paris, nous l’avons déjà rendu possible.


Jardin Goutte Verte (angle des rues Cavé et Stephenson, Paris 18e)
goutteverte.wordpress.com
goutteverte@yahoo.fr



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