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"La Goutte d’Or, Grandir ensemble" : l’oeil des collégiens sur leur quartier

Publié le 23 mars 2016

Dans le cadre du dispositif "L’Art pour Grandir" de la Ville de Paris, l’artiste photographe Bruno Lemesle a pu partager son expérience lors d’une résidence avec une classe du collège Georges Clemenceau. Une façon pour les jeunes de travailler une autre forme d’expression, prendre confiance en soi, et de mettre en image leur quartier.

Leurs œuvres sont à découvrir dans une exposition, baptisée "La Goutte d’Or, Grandir ensemble", installée depuis le mois de janvier à l’Institut des Cultures d’Islam de la rue Léon, et qui a été intégrée à la programmation du festival Magic Barbès du 29 mars au 3 avril. Une sélection devrait également être présentée au Louxor au mois de mai, ainsi qu’au collège en juin.

"Un regard vers l’autre" par Les Snappers - Bruno Lemesle
"Un regard vers l’autre" © Les Snappers - Bruno Lemesle
Les Snappers - Bruno Lemesle
  • Photo : "Un regard vers l’autre" © Les Snappers - Bruno Lemesle

« Goutte d’Or & Vous : En quoi consiste votre projet d’atelier de photographie mené avec des élèves du collège Georges Clemenceau ?
Bruno Lemesle : À la base, ce projet est un dispositif institutionnel mené par la Ville de Paris qui réunit un établissement scolaire et un établissement culturel. C’est donc l’ICI qui a eu l’initiative de me demander de mettre en place une résidence artistique au collège Clemenceau. Cela résonnait avec un souhait que j’avais depuis longtemps de travailler à nouveau dans un établissement scolaire, puisque j’avais déjà fait des ateliers à l’école maternelle Richomme de 2000 à 2006. Depuis la rentrée 2015, je suis avec des élèves de 5ème, qui sont placés dans le dispositif S.O.A. (Savoir-Oral-Attitude). Ce sont des jeunes qui manquent d’aisance dans leur expression orale et écrite. Cet atelier est organisé sur des heures dégagées spécialement pour renforcer leur capacité d’expression. On utilise la photo et la vidéo pour les aider à s’exprimer.

Dans la pratique, comment cela se passe avec les collégiens ?
Ce sont des ateliers menés en étroite collaboration avec les professeurs dans la mise en place d’un programme. Chaque intervention est précédée et suivie d’un développement par l’équipe pédagogique. Je ne voulais pas que cela se cantonne à une animation périscolaire ou occupationnelle. Cela se concrétise par une approche théorique de la démarche photographique et du cinéma documentaire : regarder beaucoup de photos, les analyser, apprendre le langage photographique, réaliser des travaux pratiques soit dans l’enceinte du collège soit à l’extérieur. Il y a aussi la volonté de se réapproprier l’histoire du quartier, découvrir ses recoins, pour des enfants qui habitent tous à la Goutte d’Or.

Quel était l’objectif en plaçant un appareil photo entre les mains de collégiens ?
Il y a d’une part l’objectif de s’approprier l’outil, l’expression, qu’ils sachent comment l’utiliser, avec une vraie exigence, qu’ils produisent une image lisible, et ensuite que chaque image soit porteuse d’une intention artistique, apporte un sens. Par exemple, un portrait est une intention puisqu’il s’agit de capter un regard, de saisir l’instant décisif où quelque chose se passe. Ensuite, il y a un travail de restitution et d’exposition, pour lequel on a opéré une sélection entre les photos avec une exigence forte et beaucoup de rigueur.

Avez-vous pu mesurer les progrès réalisés depuis le début de l’année par les élèves ?
Dès qu’ils ont pris possession des appareils photos, les jeunes ont fait des images, avec un résultat immédiat de façon intuitive. Après je n’ai pas assez de recul pour mesurer la progression. Il faudrait les garder un an de plus pour la voir. C’est aussi pour ça que j’ai sollicité la mairie du 18e en cours de route, pour qu’elle soutienne aussi le projet et qu’elle nous permettre de le continuer jusqu’à la fin de l’année, puisque le dispositif devait s’achever initialement mi-mars. C’est une bonne chose et j’espère pouvoir le reconduire l’année prochaine.

Quel rapport avaient-ils avec la photo avant de commencer ce travail avec vous ? Pensez-vous que les appareils des Smartphones et les réseaux sociaux ont démocratisé la pratique photographique ?
Je viens de découvrir qu’ils possèdent des iPhone, des Samsung, etc. Donc ils font déjà de la photo. Mais disons que quand ils sont avec moi, ils sont dans un cadre scolaire et ils font vraiment la part des choses. Ils ont des consignes, ils écoutent, ils disposent d’appareils numériques type compact de base, donc c’est loin de leurs habitudes. Pour eux, ce n’est pas la même chose.

En tant que photographe professionnel, qu’est-ce que cette expérience vous apporte ?
L’échange se fait dans les deux sens. Ce n’est pas pour rien que le projet s’appelle "La Goutte d’Or, Grandir ensemble". Ce titre s’adresse autant aux profs, qu’à l’intervenant artiste que je suis, qu’aux élèves. C’est une expérience dans laquelle on s’investit et à laquelle chacun se confronte. On a un groupe particulièrement cool, les professeurs sont impliqués, le principal nous laisse travailler librement : c’est appréciable de travailler dans ces conditions. Moi ça me permet de transmettre un savoir-faire. J’ai commencé à la Goutte d’Or avec des mômes dans la rue alors que j’étais réalisateur débutant, jeune photographe. J’ai toujours fait ça donc quelque part ce n’est pas nouveau. Le fait que les objectifs de ce projet soient très précis, cela m’a demandé de faire une espèce de mise à nu, de rendre les choses simples pour mieux les transmettre.

Comment les jeunes se représentent leur quartier de la Goutte d’Or ?
Je crois qu’ils ne connaissaient pas grand-chose de l’histoire du quartier. Ou plutôt, ils n’ont pas conscience de l’histoire très forte de leur quartier. C’était intéressant pour eux d’avoir repris un certain nombre de points, de les avoir amené sur des lieux devant lesquels ils passent tous les jours sans forcément s’arrêter, sans avoir la curiosité de pousser la porte.

Comment ont-ils choisi de représenter le quartier, dans la forme photographique ?
Il y a du portrait – ils se sont photographiés entre eux au début des cours –, des scènes sur le vif, des natures mortes, des façades de boutiques, ils se sont mis en scène. Ils sont allés dans le square Léon photographier des joueurs de dames, ont rencontré des acteurs de la vie associative. Le rendu final est quelque chose d’assez éclectique. À partir du moment où les jeunes sont dans un contexte d’apprentissage, qu’on leur porte de l’attention et de la considération, les résultats sont intéressants.

Les jeunes, ils en pensent quoi de leur travail ?
Ils ont mis du temps à accepter les succès de leur travail. Ils ne s’en sont pas rendu compte tout de suite. Quand ils ont commencé la prise de vue, c’était 5 minutes d’explications et après ils sont allés dans la cour de récréation avec des consignes très larges. Pour un des élèves, ses trois premières photos sont trois très bonnes photos dont une vraiment très très bonne. Alors quand on a projeté les résultats sur grand écran, et qu’au milieu des 200 ou 300 photos qui ont été faites, il y a ces trois photos qui sont sortaient du lot, où il n’y a rien à dire mis à part qu’elles étaient parfaites. À ce moment, ils étaient un peu sidérés. Et c’est seulement une fois qu’ils ont eu les photos tirées sur papier sous les yeux, ils ont eu ce sentiment de réussite et de fierté. C’est primordial d’arriver à avoir ça dans ce projet. Avoir un niveau d’exigence assez haut le permet. Sur les photos qui sont présentées au public, je n’ai presque pas eu besoin d’intervenir.

Avez-vous l’habitude de travailler avec ce genre de public ?
Dans les années 80, j’ai travaillé avec des adolescents du quartier. On faisait des films en Super-8. Plus récemment, j’ai travaillé avec des usagers du café social, donc avec l’ancienne génération, et aussi la nouvelle à la maternelle Richomme. L’essentiel est d’être au plus près des habitants, ceux qui vivent dans le quartier de la Goutte d’Or. »



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