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EGO-Aurore, au service du vivre ensemble

Daphné Caillol, habitante du quartier et bénévole Goutte d’Or & Vous, nous livre son portrait d’EGO, après avoir rencontré Dorothée Piérard, responsable du CAARUD rue Saint-Luc.

EGO, un établissement de l’association Aurore qui œuvre pour le vivre ensemble et la valorisation de l’humain à travers l’accueil des usagers de drogues.

EGO, qui œuvre au sein du quartier de la Goutte d’Or dans le 18e arrondissement de Paris, nous amène à travers la présentation de ses activités à penser bien plus large que les simples stéréotypes associés aux personnes toxicomanes. En effet, à travers la vision du monde qu’elle prône et qu’elle véhicule l’association nous permet de nous interroger sur les personnes invisibles dans notre société, les représentations des identités collectives en ville et surtout sur le droit à être perçu et à vivre en temps qu’être humain au sein d’un groupe. Selon EGO, les personnes sont en premier lieu des êtres humains qui ne sont pas définis par leurs pathologies. C’est d’ailleurs pour cela que l’association ne va jamais employer le terme « toxicomane » lors de notre entretien mais emploiera plutôt celui de « personne usager de drogues ». Question terminologique qui peut paraître dérisoire, mais finalement tellement importante dans l’imaginaire collectif, dans les représentations que nous portons sur ces personnes et qu’elles projettent sur elles-mêmes. Que fait concrètement EGO, quelles visions du monde véhicule-t-elle et qui en sont ses membres (professionnels et usagers) ? Telles sont les questions que nous nous posions quand nous avons été reçu par Dorothée Pierard, Chef de service du Centre d’Accueil du CAARUD EGO en Octobre 2016.

  • Création et historique

A la fin des années 80, le quartier de la Goutte d’Or est un espace urbain marginalisé, qui regroupe beaucoup de personnes avec des difficultés sociales et économiques. A cette époque, l’héroïne, prolifère dans tout le quartier dessinant des grandes scènes de consommation de drogues au sein des espaces publics de la Goutte d’Or. Ces problématiques étaient encore peu abordées par les politiques publiques laissant les usagers confinés dans des situations sociales et sanitaires très précaires. Les habitants de la Goutte d’Or, les usagers de drogues et certains commerçants décident alors de prendre en main leur quartier en en devenant acteurs. Des réunions se mettent en place au café du coin tous les mercredis soir pour agir et redonner de la dignité aux personnes usagers de drogues, mais aussi aux espaces publics du quartier. C’est dans ce contexte de participation citoyenne qu’est née l’association Espoir Goutte d’Or, dîtes EGO en 1987. La gazette de Juillet 1987 (ci-dessous) fait état de la naissance de cette association qui a été une initiative des citoyens du quartier.

Les réunions du mercredi soir au café, se transforment en Centre d’Accueil et d’Accompagnement de Réductions des Risques des Usagers de Drogues (CAARUD), premier organe de l’association Espoir Goutte d’Or (EGO) en 1987.
Aujourd’hui, le centre est encore là, l’héroïne a fait son temps, mais a laissé sa place au crack. Les problèmes sociaux des usagers de drogues sont encore bien ancrés, et se déclinent notamment en termes de formes d’exclusions et de discriminations. L’association s’est agrandie et est maintenant toujours composée du CAARUD divisé en deux antennes : le Centre d’accueil et STEP (Programme d’échange de seringues) ainsi que du Centre de Soin d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA).

  • Le Centre d’accueil (CAARUD), un espace accueillant et sans jugement

Quel est le rôle du centre d’accueil de la rue Saint-Luc et comment est rythmé son quotidien ? En 2015, le centre d’accueil et STEP ont accueilli 5.570 personnes différentes ce qui correspond à 56.000 passages, soit à une moyenne de 200 personnes par jour sur les deux antennes. Le CAARUD fonctionne sur un modèle participatif où tout le monde s’implique. La fréquentation du centre se fait sur un système de libre adhésion et les usagers sont invités à participer tous les lundis au comité des usagers pour discuter du des fonctionnements des services et des actions qu’ils aimeraient mener (sorties, ateliers, discussions).
« Les usagers sont très actifs dans l’association, ils sont acteurs de ce qui se passe et de leur vie. Il n’y a pas que les professionnels qui sont actifs et les usagers qui sont passifs, mais c’est aller tous ensemble dans la même direction » (Extrait d’entretien avec Dorothée Pierard, Octobre 2016),
Un système participatif donc, mais aussi d’écoute et d’entre aide. L’objectif du CAARUD est de faire en sorte que l’usage de drogues ait le moins d’impact possible sur la vie de la personne qui en consomme. Le jugement n’a pas sa place dans ce centre où les personnes sont accueillies et acceptées telles qu’elles sont. Le CAARUD permet aussi d’avoir un lieu où parler librement de son addiction « très rares sont les lieux où ces personnes peuvent finalement être écoutées sans jugement » souligne d’ailleurs la Chef de service du centre. Les personnes viennent quand elles le souhaitent, quand elles en ont besoin, toujours dans l’anonymat et le respect de soi et des autres.
Le premier geste du personnel est « d’accueillir avec le sourire », chose simple mais si importante pour réchauffer les cœurs et redonner confiance. « Une personne arrive nous allons lui expliquer comment le centre fonctionne, ce qu’elle peut trouver ou non au centre, les ateliers et après nous allons laisser la personne faire son expérience du lieu, voir si cela lui convient ». La mission principale du centre d’accueil est de créer du lien avec les personnes usagers de drogues, qui sont souvent très isolées. Les personnes qui viennent, quelle que soit la fréquence de leur présence, sont toujours les bienvenues. Le système qui est mis en place est un système participatif ou la personne accueillie peut développer ce dont elle estime avoir besoin : elle peut suivre des ateliers, demander de l’aide pour ses démarches administratives ou simplement être là, parler, exister. L’objectif est donc bien de créer du lien à travers la bienveillance et l’écoute pour que ces personnes puissent avoir un endroit refuge, où elles peuvent se sentir bien. Cela est une étape essentielle pour que les usagers de drogues aient ensuite la volonté de demander de l’aide, quand ils/elles sentent la confiance instaurée et le bon moment venu.
Le fonctionnement du centre repose sur la « charte des usagers » qui a été refaite par les usagers en Janvier 2016. Cette Charte est basée sur des principes tels que : le respect entre usagers et entre professionnels, entre usagers et usagers, le respect des lieux et de l’environnement du centre (les voisins et l’espace public). Cette charte instaure aussi certaines règles comme l’interdiction de consommer de la drogue au sein du centre ou l’interdiction de voler. Les règles sont discutées et instaurées au sein de cette charte par les usagers du centre.

  • Une journée au CAARUD c’est quoi ?

Le centre d’accueil propose chaque jour plusieurs types d’activités qui sont basées sur la prévention des risques sanitaires et sociaux.
L’aspect sanitaire tourne autour d’ateliers individuels ou en tout petit groupe. Ces ateliers ont notamment pour but de donner des conseils sur comment effectuer une injection avec le minimum de dangers possible. A l’aide d’un bras orthopédique qui contient tout le système veineux , les professionnels peuvent montrer les bons gestes à avoir. C’est aussi un espace ou les usagers échangent entre eux sur leurs expériences. Le centre donne aussi accès à différents types de matériel de consommation. Ce matériel est toujours délivré par des professionnels qualifiés et bienveillants qui peuvent écouter et conseiller les usagers.
La deuxième ambition du centre d’accueil d’EGO est de réduire les risques sociaux rencontrés par les usagers. Cela passe par l’accompagnement dans des démarches administratives individuelles (régularisation de situation, sécurité sociale, ouverture de droits etc..), mais aussi par des activités pour favoriser l’inclusion. En effet, les personnes usagers de drogues ont souvent peu d’estime d’elles-mêmes. Cela tient notamment à l’image qui leur est renvoyée comme étant nuisibles, différents ou invisibles. Les activités culturelles, artistiques et sportives du centre d’EGO permettent de revaloriser la personne. Cela lui permet d’exister au-delà de son addiction qui la rend invisible ou nuisible aux yeux de la société. Ces activités sont aussi là pour montrer que « les usagers de drogues ont aussi leur place dans la cité, ont le droit d’être là et de participer, s’ils veulent s’impliquer, s’ils ont envie ». Dans cette optique de développement de la citoyenneté et d’estime de soi, le centre propose un certain nombre d’activités telles que :

  • Des ateliers d’art plastique, de peinture ou de dessin qui permettent aux usagers de s’exprimer différemment qu’avec la parole. Comme nous le signale la Chef de service du centre, beaucoup de personnes reçues viennent de pays en guerre et ces ateliers sont pour elles l’occasion de laisser sortir des séquelles post-traumatiques. C’est aussi un moment où les personnes peuvent s’assoir, être calme et se concentrer sur quelque chose. Un moment de paix dans une vie mouvementée où s’assoir et ne penser qu’au moment présent ne fait plus partie du quotidien.

Le centre propose aussi des ateliers de musique, un groupe a d’ailleurs été formé les « bolcheviks anonymes » Le groupe fait régulièrement des petits concerts et a déjà sorti un album CD.

  • Des activités sportives sont également proposées, elles sont extrêmement importantes car elles permettent de redonner un cadre aux usagers. Le sport, quel qu’il soit, se définit par des règles à suivre, un cadre à respecter et un apprentissage au sein d’un groupe. Ce sont des valeurs intéressantes et agréables à redécouvrir pour des personnes déracinées et souvent exclues. C’est aussi l’occasion de prendre conscience de son corps, de ses limites, du regard de l’autre pour finalement mieux se connaitre et mieux s’aimer.

Enfin, l’inclusion passe aussi par la reprise de la citoyenneté perdue. Cette citoyenneté s’acquiert notamment par la participation active à des événements spécifiques tels que la fête de la Goutte d’Or. La citoyenneté c’est ce qui permet à un individu d’être reconnu comme membre d’une société, d’une cité dans l’Antiquité, c’est donc une des composantes du lien social. En participant à ce type événements, en animant des activités/stands et en se mélangeant à des publics non usagers de drogues, les membres du centre d’accueil d’EGO réaffirment leurs droits et leur volonté de participer à la vie du quartier. C’est d’ailleurs une des mêmes revendications qui avaient poussée à la création d’EGO en 1987.

  • Qui sont les personnes reçues par le centre ?

Les usagers de drogues ne font pas partie d’un groupe uniforme et ne peuvent être mis dans les mêmes catégories comme c’est souvent le cas. Ce ne sont pas des « toxicomanes », des « nuisibles », des « dangereux », catégories pleines de stéréotypes qui servent pourtant souvent à les définir. Les personnes accueillies au centre sont des hommes, des femmes, de différentes origines et groupes sociaux. Certaines personnes ont toujours été dans le milieu des consommations de drogues, leurs parents étant eux-mêmes des consommateurs. D’autres, ont vu leur vie dégringoler du jour au lendemain et se sont retrouvés à la rue très rapidement ce qui les a amené à consommer des produits.
L’irrégularité administrative semble être un des problèmes le plus fréquemment adressé par les personnes accueillies au centre d’EGO. Cela vient questionner l’importance du rôle de l’enracinement dans le développement personnel d’une personne. Beaucoup de personnes reçues au CAARUD viennent de Géorgie ou de Tchétchénie. Ce sont des personnes qui ont souvent connu la guerre, qui peuvent venir de famille aisée, mais qui, une fois en France, se rendent compte qu’ils/elles n’ont rien, qu’ils sont à la rue. D’autres usagers viennent d’Afrique subsaharienne et sont depuis plus de vingt ans sur le territoire. Ils alternent en permanence entre titre de séjour et irrégularité, entre stabilité et peur du lendemain. Quelle que soit leur origine, l’irrégularité ne permet pas aux personnes de construire une vie stable et les confinent dans des conditions de vie très précaires et violentes, notamment pour les usagers vivant dans la rue. L’usage de produit est alors vu comme un palliatif à tous les problèmes du quotidien : l’angoisse de la rue, la peur de l’expulsion, la violence du quotidien, le froid « cela aide à tenir ».
La moyenne d’âge des personnes accueillies au centre d’accueil est de 41 ans et 85% sont des hommes. Les difficultés d’accès au public féminin sont une des difficultés rencontrées par les professionnels d’EGO. Comme le souligne avec regret la Chef de service du centre « dans les espaces publics pourtant, il y a autant de femmes qui utilisent des produits que d’hommes, les femmes viennent beaucoup moins dans les structures de préventions des risques ». Etre une femme seule à la rue est plus compliqué et renvoie à des problèmes de représentation sociale. Les femmes ont d’avantage honte et ont plus peur que les hommes ce qui explique cette absence observée au sein des structures d’accueil. C’est dans ce but d’égalité d’accès hommes-femmes que le CAARUD a mis en place tous les mardis un atelier réservé aux femmes. Cela leur permet d’avoir un moment pour elles et d’avoir un lieu où elles n’ont pas à craindre la présence des hommes, présence dominante dans la rue, leur lieu de vie.

  • Changer de regard sur les personnes usagers de drogues

Le CAARUD EGO de l’association Aurore vise à déconstruire les stéréotypes et à reconstruire l’humain, le vivre ensemble, l’acceptation de l’autre. Par ces activités, le centre reconstruit l’estime de soi des usagers mais aussi tente de véhiculer un autre regard sur ces personnes aux profils complètement hétérogènes. « On arrive ici à accueillir 100 usagers de drogues actifs dans l’après-midi, il n’y a pas de danger, ce sont des personnes qui, à un moment de leur vie ont fait une rencontre avec un produit et qui n’ont pas pu s’en détacher ». Nous comprenons bien ici que la consommation de ce produit ne les définit pas en tant que personne, ce n’est qu’une composante de leur vie. Pourtant, dans la société et à l’échelle du quartier nous tendons tous à définir ces personnes par ce qu’elles consomment et non par ce qu’elles sont. Ce regard peut être extrêmement difficile à vivre pour les usagers de drogues. Le centre est là pour faire en sorte de pallier cette violence sociale qui est un frein à leur réinsertion. Loin d’être quelque chose à condamner, le but est de comprendre ici ce comportement d’exclusion souvent bien plus généré par de la peur que par la volonté consciente d’exclure. Pourtant, comme le rappelle la Chef de service du centre, même si nous avons peur et ne savons pas comment nous adresser à ce public, il suffit « de faire un sourire en disant bonjour, c’est pour tout le monde pareil », ça demande peu d’effort et ça apporte énormément.

  • Où trouver EGO ?

Le Centre d’Accueil et d’Accompagnement de Réductions des Risques pour Usagers de Drogues (CAARUD), qui a fait l’objet de cet article se trouve au 13 rue Saint Luc dans le quartier de la Goutte d’Or (18eme).

STEP qui a pour mission principale de distribuer du matériel de consommation (pour injection ou pour fumer) se situe lui au 56 Boulevard de la Chapelle dans le 18eme arrondissement de Paris.
Le Centre de Soin d’Accompagnement de Prévention en Addictologies (CSAPA), dernière antenne d’EGO déménage quant à lui pour un an dans le 20eme pour des raisons logistiques. Cela est pour mieux se retrouver au 64 boulevard de la Chapelle en 2018 où tous les services d’EGO pourront être réunis ensemble dans ce territoire de la Goutte d’Or auquel l’association est historiquement attachée.

  • Pour en savoir plus ? Ne manquez pas les Web Radio d’EGO !

Ne manquez pas EGOphonique, la webradio qui donne la parole aux membres et professionnels d’EGO autour de thématiques diverses et variées tel que « les médias ne parlent pas assez de toxicomanie », « le regard des habitants sur les usagers de drogues » mais aussi sur la question des réfugiés, des éléctions...et pleins d’autres sujets passionnants vous attendent ici !

Article rédigé par Daphné Caillol



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